Histoire de l’Aquariophilie au XIXème siècle – Episode 3

Le 19ème siècle : Le siècle des révolutions industrielles

L’évolution des techniques de l’Aquariophilie grâce au développement des connaissances et les aquariums privés.

 ….la naissance de l’Aquariophilie et ses dérivés.

Edward EDWARDS (1803 – 1879) un zoologiste marin, en 1864, s’intéressât à l’observation des formes de la vie marine dans les eaux magnifiques du détroit de Menai, il commença à étudier les habitudes et les caractères des poissons dans leur milieu natif.

Il fut incité à tenter un « arrangement artificiel pour conserver les poissons, en santé, dans l’isolement » afin de pouvoir étudier de plus près leurs habitudes. Par une imitation ou plutôt reproduction des conditions naturelles dans lesquelles les poissons prospèrent, il a réussi à introduire de telles améliorations dans la construction des aquariums qui lui ont permis de conserver ses poissons pendant une période presque illimitée sans changement d’eau.

Son amélioration la plus notable était son «réservoir à fond sombre de la chambre à eau», résultat d’une étude attentive des bassins rocheux, avec leurs fissures et leurs gouffres, dans les rochers des rives du détroit de Menai. Cette amélioration retarda longtemps le goût pour les aquariums domestiques, et le principe du réservoir d’EDWARDS fut adopté avec succès dans tous les grands établissements de ce pays et dans de nombreuses écoles zoologiques continentales et américaines.

« Ceci est l’aquarium, constitué d’un réservoir en verre ou d’une fontaine, généralement de forme oblongue, avec des côtés droits, et d’une taille plus grande ou plus petite, mais cependant de dimensions suffisantes pour admettre un plancher de sable et de pierres, avec quelques les plantes aquatiques, de sorte que les poissons de toutes sortes puissent librement se déplacer dans l’eau au-dessus et au-dessous de ces objets.  »

GOODRICH, 1859

Souvenez-vous….

En 1869 le naturaliste français Pierre CARBONNIER a commencé à élever les premiers poissons exotiques : Macropodus opercularis rapporté de la Chine en 1869 et le Combattant en 1874. Il a également été directeur de l’Aquarium du Trocadéro à l’Exposition française de 1878.

Le succès de l’aquarium en France ne fut pas non plus indéniable : pendant plus d’une décennie, il représenta l’objet des envies et des regards de la part des classes aisées de la société française. Mais cette mode ne dura pas, au début des années 1870, l’aquarium était déjà devenu un objet commun, que les scientifiques s’étaient réapproprié pour leurs études. Il est intéressant de se demander ce qui, dans les comportements culturels et dans les systèmes de représentations des Français de cette période, a pu déterminer ce « moment » de l’aquarium, soit l’ascension fulgurante d’un appareil de laboratoire, puis plus tard et progressivement son oubli.

Avec l’apparition de l’électricité, vers 1880, l’aquarium va connaitre un nouveau développement fulgurant grâce à :

  • L’ampoule qui vient d’être inventée par Mr EDISON qui permet un éclairage continu et à moindre cout,
  • Le chauffage qui s’améliore aussi, on passe des bougies à la lampe à pétrole et ainsi le chauffage est ainsi plus facile à gérer.
  • Aux progrès des transports, et des circuits commerciaux qui se développent, notamment à Hambourg, Anvers, Amsterdam.
  • Alford LLOYD fut un des premiers visiteurs de l’aquarium public de Londres, et inventa le filtre à décantation.

A partir du moment où chaque aquarium pouvait être équipé d’un filtre individuel, une plus grande facilité était procurée aux installations des particuliers.

La ventilation par eau a été, à cette époque l’aspect le plus crucial du développement de l’aquarium.

Les méthodes employées faisaient autant appel à l’ingéniosité qu’aux connaissances technique de l’époque.

Bien que les dispositifs hydrauliques / pneumatiques (avec une fontaine) ou des mécanismes à ressort entraînant une roue à aubes avaient été disponibles dès le début, les nouveaux aquariophiles, enthousiastes et ingènieux, expérimentaient constamment des mécanismes alternatifs, comme les petites machines à vapeur (Buck 1875) ou des dispositifs nouveaux s’appuyant sur les infrastructures croissantes de l’approvisionnement urbain (gaz et électricité).

Adolf SASSE, qui dirigeait le plus grand aquarium de Berlin, fit même un voyage de Berlin à Luèbeck pour étudier l’appareil construit par Heinrich Lenz, directeur de la collection d’histoire naturelle locale, qui utilisa la pression de l’eau du système d’adduction d’eau urbain récemment installé. (Sasse 1878).

Dans le compte rendu que fit Sasse sur ses propres efforts réalisés pour installer cet appareil dans son appartement, il apparut que la mise au point était particulièrement compliquée !

Ce nouvel appareil de ventilation consistait en un tuyau en caoutchouc qui traversait trois pièces et reliait le robinet d’eau de la cuisine aux aquariums. Mme SASSE se plaignit de l’eau coulant jour et nuit, son époux, dut finalement retourner à son ancien système de pompage. Le nouvel appareil avait l’avantage de remplacer l’ancien système de pompe, qui était plutôt volumineux et utilisé pour pulvériser de l’eau ce qui, comme l’a souligné SASSE avait pour avantage  «personne n’était plus heureux que ma femme» ….une fois qu’il fut remisé.

Naissance de ce que l’on appelle aujourd’hui le « CAF » : Coefficient d’Acceptation Féminin ?

Le type de dispositif de ventilation développé par LENZ, plus efficace, ne fut finalement commercialisé qu’à partir de 1908.

Mais ces aquariums restaient encombrants et coûteux, destinés à des amateurs fortunés ; cela ne dura pas, des modèles populaires furent rapidement mis au point.

A noter qu’aux Etats unis, les espèces d’eau chaude sont rares, et l’offre matérielle demeure très limitée.

Aquarium avec filtre à décantation incorporé dans la partie arrière et inférieure du bac (plan incliné).

En Europe, et notamment via le transit de l’aquarium du Havre, les espèces d’eau chaude sont importées, et des circuits propres se mettent en place (tel que l’entreprise Paul Matte à Berlin qui réalise de nombreuses importations dès 1871). Cette prédominance de l’Allemagne se confirmera au début du XXe siècle.

 

Quelle était la façon dont l’aquarium était intégré dans la vie de famille ?

Alors qu’il formait souvent le centre de la maison, dominant les besoins des femmes et des enfants, aucune femme, aucun enfant n’était autorisé à proximité.

Au cours de cette médiation entre les divers intérêts des aquariophiles, des membres de la famille et des propriétaires, l’aquarium est devenu socialement et socialement intégré et l’assemblage techno-naturel s’est développé en astable et une infrastructure de plus en plus prête.

Comme l’aquarium a trouvé un public croissant, un marché a été développé qui a été servi par un nombre croissant de fournisseurs.

 

Les publications, les clubs….

En 1858, apparaît aux Etats-Unis le premier livre traitant uniquement de l’aquariophilie : « The Family Aquarium » de Henry D. BUTLER. La publication de ce livre en fait l’un des premiers livres traitant uniquement d’aquariophilie aux États-Unis.

Dans les années 1870, les premiers clubs d’aquariophiles apparaissent en Allemagne. Le premier club aquariophile américain a été fondé à New York en 1893.

Sous l’impulsion des aquariums publics se développent toute une infrastructure :

  • fournisseurs de matériels,
  • importateurs,
  • ouvrages d’aquariophilie.

Un premier magasin aquariophile voit le jour à Londres grâce à Alford LLOYD.

Dans les années 1850, la mode aquariophile se répandit rapidement en Angleterre et par conséquent, la littérature suit avec de nombreuses publications, et curieusement, beaucoup concerne plus l’eau de mer que l’eau douce.

Ce développement du phénomène « Aquariophilie » suit dans le reste de l’Europe et aux Etats Unis à partir de 1860.

Comme en Grande-Bretagne et en France, les aquariophiles étaient des membres de la classe moyenne disposant des ressources nécessaires en argent, en temps et en éducation.

Au cours de ces années, l’aquarium a trouvé un nouveau public parmi les membres de la classe ouvrière, le nombre de nouveaux aquariophiles s’est progressivement accru et un grand nombre de clubs « prolétariens » ont été fondés.

L’expansion rapide du domaine à la fin du XIXe siècle se manifeste clairement par le nombre croissant de revues spécialisées qui voient le jour ou de formation de clubs. Jusqu’aux années 1870, Der Zoologische Garten,  Zeitschrift für diegesamte Tiergartnerei (Le jardin zoologique, journal pour l’ensemble du domaine de la conservation du zoo), fondé en 1859, était le journal le plus important dans le domaine de la fantaisie animale en Allemagne.

Il fut à l’origine le journal de la société zoologique de Francfort et de son zoo, il devint bientôt la publication centrale pour les jardins zoologiques, l’acclimatation et l’élevage en Allemagne.

En 1876, Zeitschrift fur allenaturwissenschaftlichen Liebhabereien. Verkehrsblatt fürr naturgeschichtlichen Kauf und Tausch (Journal pour tous les loisirs scientifiques et le commerce et le commerce historique et naturel) a est lancé : Il s’est spécialisé dans les besoins des éleveurs privés d’animaux, il servira de plate-forme pour l’échange d’informations pratiques et de lien entre les acheteurs et les vendeurs d’animaux.

SUSSWASSERAQUARIUM (L’aquarium d’eau douce) de Emil BADE, Berlin 1896

En dehors des monographies publiées régulièrement dans les trois pays, seule l’Allemagne a vu se développer des revues hautement spécialisées, orientées vers la pratique, et un réseau national de clubs. Les clubs ont surtout été utilisés comme des plates-formes de communication locales liés par un intérêt commun dans lesquels on cultivait, dans la sociabilité, l’échange de pratiques,  de technologies, de connaissances et surtout d’organismes.

Les revues spécialisées remplissaient cette même fonction à un niveau national et parfois international, reliant les passionnés et le nombre croissant de fournisseurs d’aquariums professionnels.

La conservation et la reproduction des organismes dans les aquariums et les terrariums s’est ainsi développés, les clubs et les journaux ont joué un rôle crucial dans ce développement, dans la stabilisation et la connaissance et technologies accessibles et nécessaires.

Toutefois, à la différence des USA et de l’Allemagne où la poussée de l’aquariophilie domestique est très forte, la mode s’essouffle au Royaume Uni, puis en Allemagne et enfin de façon générale en Europe.

En France, comme dans d’autres pays européens, l’aquariophilie va souvent de pair avec le jardinage, voire le jardinage d’intérieur et le jardinage féminin. On verse ainsi souvent dans le décor (statue immergée, etc.) que dans l’aspect « naturaliste ».

L’Aquarium au service de la Science….entre zoologie scientifique et expérimentale

L’aquarium a littéralement donné vie aux sciences de la vie. Mais la transition des collections de spécimens morts au réservoir de vie qu’est l’aquarium n’a été sans soulevé certains problèmes : Il a eu des conséquences de grande envergure, puisque la garde et l’élevage des animaux n’étaient pas par moi l’activité astrologique et doit faire partie de la vie scientifique.

Il a fallu réorganiser, redéfinir tous les arrangements spatiaux et les horaires de travail pour tenir compte des besoins des animaux et des scientifiques. En revanche, ce qui a été extraordinaire dans ce processus a été la mise ne évidence des enthousiastes académiques et non académiques des personnes  qui travaillaient à la création d’un assemblage techno-naturel pour établir et maintenir des environnements artificiels.

L’imagination des aquariums constituait un tel milieu où les connaissances, les pratiques, les technologies et les organismes étaient développés et diffusés. Le résultat était un processus dynamique dans lequel les besoins des humains et des animaux étaient aussi cruciaux que les aspects de l’esthétique de la classe moyenne urbaine et les conceptions de la nature.

Le laboratoire avec sa diversification dans les espaces fonctionnels doit être considéré à certains égards à la suite de ce processus et l’aquarium en tant que partie intégrante de celui-ci.

L’histoire de l’aquarium montre que non seulement les disciplines les plus appliquées dans les sciences de la vie reposaient lourdement sur la chimio-prophylaxie et le vécu colonialisme, mais aussi dans des domaines comme la zoologie expérimentale.

L’aquarium s’est révélé être une passerelle entre le monde scientifique et celui des amateurs, à la fois comme instrument et environnement, il l’a fait de diverses manières.

Il a apporté une pléthore de nouvelles espèces dans les espaces zoologiques.

Bien que ces animaux vivants en tant que tels aient fait une différence évidente pour les zoologistes comme Weismann, l’aquarium a également affecté la gamme d’organismes de recherche disponibles.

En outre, il a été appliqué pour adapter l’offre d’animaux expérimentaux aux exigences des méthodes de recherche et a servi d’instrument. Etant donné que les conceptions médiocres-esthétiques de la nature et les contraintes matérielles lors de son intégration dans les espaces domestiques et scientifiques ont été cruciales dans son développement, elles ont également influencé la nature qui y est contenue.

Ce ne sera qu’au début du vingtième siècle que l’aquariophilie atteindra  sa vraie dimension : L’aquarium est devenu prêt à l’emploi et des systèmes élaborés pourront être achetés sur le marché.

Alors seulement, après que ses problèmes les plus existentiels auront été résolus et qu’un espace hybride pour les animaux humains et non humains eut été établi, l’aquarium deviendra important pour les scientifiques qui n’étaient pas aussi enthousiastes à sa « naissance ».

Conclusion

Jusqu’au XVIIIème siècle, les scientifiques ou naturalistes étaient essentiellement intéressés par la description physiologique du poisson et du monde marin qu’ils découvraient progressivement. Si dans un premier temps, l’étude des poisson fut faite à partir de cadavre, il apparut très rapidement qu’il était nécessaire de poursuivre et compléter ce type d’étude sur des spécimens vivants afin de mieux connaitre les modes de vie, les mœurs…et stout simplement mieux les observer dans leur milieux naturels.

Pendant longtemps, ces scientifiques ont essayé de trouver un moyen d’effectuer ces observations pour conduire leur recherche en mettant au point divers dispositifs techniques aptes à retenir les organismes vivants à observer tout en les maintenant en vie et si possible en reproduisant au mieux leurs conditions de vie dans le milieu naturel : l’eau.

Ainsi l’invention de l’aquarium n’avait pour but que de reconstituer le plus fidèlement possible l’environnement naturel du poisson. Cette invention à laquelle le nom définitif ne sera attribué qu’au milieu des années 1850, n’avait certainement pas pour but initial de devenir un objet de loisir ou un ornement à la mode à la disposition du grand public.

On peut, sans réserve, parler d’un effet de mimétisme et de masse car au milieu du XIXème, l’aquarium est devenu un véritable phénomène de mode. Cet engouement n’était pas fondé sur le caractère scientifique ou l’étude du milieu sous-marin ou aquatique.

En revanche, on peut penser que l’intention des inventeurs de l’aquarium était d’en promouvoir l’usage, la vulgarisation pour l’étude du monde aquatique. L’engouement qui s’en est suivi, que personne n’avait anticipé, n’a pas été celui prévu : Cet outil de laboratoire et de recherche est très rapidement devenu un objet de luxe, abritant des espèces rares et finalement ne présentant plus aucune dimension scientifique.

Rapidement, comme tout effet de mode qui s’essouffle et « retombe comme un soufflé », il faudra encore attendre quelques décennies, le progrès scientifique et une meilleure connaissance du milieu aquatique pour que naisse vraiment l’aquariophilie moderne telle qu’on la connait aujourd’hui.

Histoire de l’Aquariophilie au XIX ème siècle – Episode 2

Le 19ème siècle : Le siècle des révolutions industrielles

Concevoir le contenant qu’est l’aquarium était une chose compliquée au regard des technologies du XIX ème siècle. L’ère industrielle en cours, le progrès des techniques et la maîtrise des matériaux nouveaux vont aider à franchir ce pas !

Mais plus que l’instrument qui venait de naître, le concept de l’aquarium devait à son tour être défini.

Après l’invention du nom, la découverte du concept de l’Aquarium.

Pierre CARBONNIER, 1864, « Guide pratique du pisciculteur »

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Histoire de l’Aquariophilie au XIX ème siècle – Episode 1

Le 19ème siècle : Le siècle des révolutions industrielles

 

Introduction

En commençant la rédaction des articles sur les origines et fondements de l’aquariophilie et sur celles de l’objet « Aquarium », j’étais bien loin de penser et m’imaginer qu’il y avait autant d’options, d’hypothèses, de revendications….sur qui, le premier, a inventé l’aquarium, à savoir qu’il y a tout autant d’auteurs qui ont aussi écrit à ce sujet !

En fait à cette époque, la vraie question qui se posait aux découvreurs et défricheurs de l’Aquariophilie, avant tout, était :

Quelle définition donne-t-on au « mot « aquarium » et surtout qu’entend-on par ce mot ?

 

Un rappel des faits…

Les tentatives pour retenir et observer des poissons vivants dans un contexte domestique ou urbain remontent à plusieurs milliers d’années. Continuer la lecture

Histoire de l’Aquariophie au XVIIIème siècle

Le 18ème siècle : Le siècle des lumières

Le roi Louis XIV avait, lui aussi, manifesté beaucoup de de sympathie pour les poissons. A Fontainebleau il avait retrouvé les fameuses carpes que la légende prétendait amenés par François 1er.

En juin 1702, des carpes provenant des demeures royales de Meudon et de Fontainebleau furent envoyées à Marly pour empoissonner les bassins du parc. Un mémoire daté des 12 et 13 juin de cette année a gardé la trace des 92 poissons pêchés à Fontainebleau. Un vrai feu d’artifice que Louis XIV apprécia beaucoup, au point d’avoir élu sa carpe préférée. Continuer la lecture

Histoire de l’Aquariophilie au XVII ème siècle

Histoire de l’Aquariophilie au XVII ème siècle.

L’Aquariophilie n’est pas vraiment née, au moins telle qu’on l’entend à nos jours, les prémices sont là et les bases sont posées. Les siècles et millénaires passés ont montré une chose, au moins : l’engouement des hommes pour les poissons à des fins autres que nourricières est bien présent et réel.

Conserver des poissons hors de leurs milieux naturels, qu’ils soient salins ou d’eau douce n’est pas une chose aisée, cela demande des moyens matériels et « financiers » qui ne permettent pas d’en faire une attractivité appelée aujourd’hui : Loisir.

Le 17ème siècle : Naissance de la science moderne…. Continuer la lecture

Histoire de l’Aquariophilie: de l’Antiquité à nos jours [1ère partie]

Histoire de l’aquariophilie

Peu d’aquariophiles, d’eau douce ou d’eau de mer, connaissent vraiment l’histoire de leur hobby l’aquariophilie et plus particulièrement l’histoire de la science qui fut précurseur de notre hobby : l’Aquariologie.

Par aquariologie, on entend tout ce qui étudie les faunes (ichtyologie) et flores (botanique aquatique) de l’aquarium et du bassin de jardin.

L’aquariologie regroupe quelques étapes importantes des sciences de divers domaines d’activités avec l’eau: aquacultureaquariophiliebiologiezoologie, etc. L’aquariologie étudie les milieux aquatiques captifs, fermés, principalement les aquariums. Un spécialiste en aquariologie est un aquariologue (terme officiel), mais est parfois qualifié d’aquariologiste (terme impropre).

Cette chronique va vous permettre d’en savoir un peu plus sur cet art apparu il y a plus de 50 000 ans dont le développement s’est accéléré au XIX siècle et qui constitue notre passion actuelle.

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Le saviez–vous ? L’Inventeur de l’aquarium est français ! …et, en plus, c’est une femme !

L’Inventeur de l’aquarium est français !

…et, en plus, c’est une femme !

C’est une femme, une française, originaire de la Corrèze, Jeanne Villepreux épouse Power (1794-1871), Autodidacte passionnée qui inventa vraiment l’aquarium dès 1832, pour réaliser ses expérimentations sur les Argonautes, mollusques, qui proliféraient à Messine. Ses « cages à la Power  » ont été fabriquées pour leur observation. Ceci vingt ans plus tôt qu’il ne l’est généralement indiqué. Elle a également été à l’origine de la biologie marine et de l’océanographie.

Le fabuleux destin d’une obscure brodeuse devenue la première femme océanologue au monde…

Biographie

Jeanne Villepreux est née à Juillac, chef-lieu de canton du département de la Corrèze, le 5 Vendémiaire de l’An 3 du calendrier révolutionnaire, soit le 25 Septembre 1794.

Elle était l’aînée des enfants de Pierre Villepreux petit propriétaire mais aussi successivement militaire, garde champêtre, cordonnier, agent salpêtrier. On dit que la famille Villepreux avait connu autrefois des jours plus brillants et même porté la particule.

La légende veut que la jeune fille ait été bergère. A la campagne, tous les enfants gardaient un jour ou l’autre les troupeaux.
Nous avons la preuve que Jeanne, surnommée Lili, savait au moins lire et écrire, contrairement à sa sœur et à son frère qui, adultes, seront déclarés illettrés dans divers documents. À part cela, nous savons peu de choses de son enfance.

Sa mère meurt en 1805. Jeanne n’a que onze ans. Son père se remarie. Il semble que les relations avec sa belle-mère étaient mauvaises.

À l’âge de 18 ans, avec l’accord de son père, elle quitte son village pour « monter » à Paris où une parente lui a promis un emploi. Mineure, elle ne peut voyager seule. Elle est donc confiée à un cousin qui convoie des troupeaux vers les abattoirs parisiens. C’est un trajet de 480 km à pied. On marchait beaucoup à cette époque!

Les choses se passent mal. Arrivés à Orléans, le cousin agresse la jeune fille qui se réfugie à la gendarmerie où elle doit prouver sa bonne foi. Elle est assignée à résidence dans un couvent, le temps de recevoir de Juillac les documents l’autorisant à poursuivre son voyage. La mairie de Juillac conserve la lettre émouvante qu’elle a envoyée dans ce but en avril 1812 au maire de la commune.

Quand elle arrive enfin à Paris, elle n’est plus attendue. Sa place a été prise ; la voilà sans travail. Fort heureusement pour elle, son atout est un grand talent de brodeuse. Une célèbre maison de mode de l’époque (Germon et Huchez) lui fait confiance et l’engage. Elle va s’y révéler d’une grande habileté.

Nous sommes à la période de la Restauration. Louis XVIII règne sur la France. En 1816, la jeune princesse Marie-Caroline de Bourbon, fille de François 1er, Roi des Deux-Siciles, vient à Paris pour épouser le duc de Berry, neveu du Roi de France.

La maison Germon et Huchez est chargée de la confection du trousseau. La création et la réalisation des somptueuses broderies de la robe nuptiale sont confiées à Jeanne.

La beauté de l’ouvrage est très remarquée, notamment par un jeune noble anglais de passage à Paris, Lord James Power, riche négociant en Sicile. Les jeunes gens se rencontrent et tombent amoureux.

Aquarelle de Jeanne Villepreux représentant un argonaute vivant

Ils partent pour Messine où James réside et s’y marient en mars 1818. Jeanne va alors connaître la vie mondaine de la riche colonie anglaise sicilienne.

Mais cela ne lui suffit pas.

Elle se lance dans les études et devient petit à petit « femme savante ». Elle se cultive, lit beaucoup, apprend plusieurs langues (anglais, italien, latin, grec). D’une curiosité insatiable elle se passionne pour tout ce qui concerne les sciences dites naturelles.

Elle parcourt la Sicile en tous sens pour découvrir ses paysages, ses monuments, ses richesses naturelles et son abondant patrimoine culturel.

Elle rassemble progressivement une importante collection dans des domaines variés. Elle effectue plusieurs travaux dans les domaines zoologiques, botaniques et géologiques, qu’elle communique à l’académie de Catane où elle est très appréciée en dépit de son sexe.

Elle s’intéresse particulièrement à la faune marine très riche dans le détroit de Messine. Elle décrit et étudie de nombreuses espèces.

Elle se passionne surtout pour l’argonaute (Argonauta argo), curieux mollusque céphalopode à coquille qui y pullule à l’époque. Ce poulpe faisait l’objet de querelles incessantes entre naturalistes depuis des siècles.

Confondu longtemps avec un autre poulpe à coquille, le nautile, on savait depuis peu qu’il s’agissait de deux animaux bien différents. La coquille du nautile est dure, calcifiée et cloisonnée, l’animal y étant solidement attaché. Celle de l’argonaute est fine comme du papier (d’où le non de « paper nautilus » donné par les anglais) et n’est pas cloisonnée, ce qui permet à l’animal d’en sortir.

Deux opinions s’affrontaient au sujet de la nature de la coquille de l’argonaute. Certains affirmaient que le poulpe empruntait la coquille vide d’un coquillage à l’exemple du bernard-l’ermite. D’autres, comme le français Lamarck, pensaient que le poulpe construisait sa coquille.

De plus, tous les spécimens connus étaient de sexe féminin. Jeanne va s’attacher à résoudre ces problèmes. Elle met alors au point la toute première méthode expérimentale. Expérimenter était chose nouvelle, les naturalistes se contentant d’observer et de classer dans leurs « cabinets » des spécimens conservés dans l’alcool. Elle va créer des outils originaux permettant l’observation des animaux aquatiques « in vivo ».

Elle crée dès 1832, de grandes cages qu’elle immerge en mer pour les expérimentations sur le terrain (cages à la Power).

Coquille d’argonaute

Argonaute mâle – Taille : quelques millimètres

Elle invente des récipients en verre qu’elle nomme « aquaria ». Elle y reconstitue les conditions du milieu naturel pour l’étude en laboratoire. Ils précéderont les premiers aquariums anglais d’une vingtaine d’années.

S’appuyant sur des centaines d’expériences elle démontre que :

  • L’Argonaute construit bien sa coquille par les sécrétions de ses tentacules.
  • L’Argonaute peut en réparer de la même manière les fractures éventuelles.

Elle découvre aussi le mâle, être minuscule qui avait été considéré jusqu’alors comme un petit ver marin parasite.

Cependant, Jeanne est une femme, de plus autodidacte. Si la reconnaissance est effective chez ses collègues naturalistes de Catane et Messine, il n’en est pas de même en France où le mandarin de la zoologie de l’époque, Blainville, juge ses travaux sans intérêt et contraires à sa doctrine affirmant que l’argonaute emprunte la coquille d’un autre mollusque.

S’ensuit une longue bataille qu’on a nommée « bataille de l’argonaute ».

Jeanne est vivement soutenue par la célèbre académie de Catane (Academia Gioena) et, surtout, par le célèbre naturaliste anglais, le professeur Richard Owen, directeur du British Museum (on lui doit la définition du mot « dinosaure »).

Grâce à ces appuis, Jeanne finira par l’emporter.

Blainville ne s’inclinera qu’après une longue résistance.

Il reconnaît qu’elle est la seule inventrice de l’aquarium et rend enfin hommage à ses recherches sur l’argonaute.

L’admiration européenne est unanime. En 1839, Jeanne est admise membre correspondant de la Zoological Society de Londres. Elle fera partie de dix-huit autres académies en Europe, ce qui était un exceptionnel honneur pour une femme en cette première moitié du 19ème siècle.

La suite est malheureusement plus triste.

Le couple Power prévoit de s’installer à Londres. Leur mobilier et les riches collections sont embarqués en 1838 sur le brigantin Bramley qui, par malheur, sombre, corps et biens, en Méditerranée. Jeanne ne se remettra jamais de cette catastrophe.

Sa carrière scientifique s’arrête à cette époque.

En 1842, le couple s’installe à Paris. James y crée une entreprise d’électrolyse avant de devenir le représentant pour la France de la société du câble télégraphique sous-marin qui posera le premier câble reliant Calais à Douvres en 1851.

Jeanne n’a plus l’âge des aventures.

Son activité se limite à l’entretien d’une riche correspondance et à l’édition du résumé de ses travaux dans un livre portant le titre de « Observations physiques sur le poulpe Argonauta argo ».

Elle s’intéresse cependant à l’astronome et publie un ouvrage sur les météorites et corps célestes.

La guerre éclate en 1870. Jeanne se réfugie dans son bourg natal de Juillac pour échapper au terrible siège de Paris. James meurt à Paris un an après. Elle avait soixante-dix-sept ans.

Les époux sont enterrés dans le vieux cimetière du Village de Juillac. Le couple n’avait pas d’enfants.

La suite est une longue période d’oubli. Les sciences ont beaucoup évolué depuis dans tous les domaines. Les connaissances biologiques n’ont cessé de progresser. Les travaux précurseurs de Jeanne vont vite appartenir à un passé révolu.

Sa carrière et son œuvre ne sont plus cités que dans de rares ouvrages.

Sa maison de Juillac et sa tombe sont détruites ; son village l’oublie.

Ce n’est que dans les années 1980 qu’un habitant retraité de Juillac, monsieur Claude Arnal, entreprend les recherches qui permettront de redécouvrir cette femme remarquable et de lui redonner la place qu’elle mérite dans l’histoire des sciences.

En 1993, l’Aquarium du Limousin ouvre ses portes à Limoges. L’Aquarium du Limousin ne pouvant que s’intéresser à cette pionnière de l’aquariologie, de surcroît d’origine limousine, va éditer en 1995 un premier document destiné au grand public et au milieu scolaire. Ce fut le début d’une renaissance.

Une association portant son nom est fondée à Juillac en 2007 sous la présidence d’Anne-Lan, artiste peintre corrézienne réputée pour ses œuvres peintes sur soie. Cette présidence est justifiée par le fait que Jeanne était, non seulement une femme de science, mais aussi une artiste comme en témoignent quelques rares aquarelles conservées dans les musées.

Jeanne Villepreux : peinture sur soir d’Anne Lan

L’œuvre de Jeanne Villepreux a été présentée dans plusieurs réunions savantes dont le Congrès International de Zoologie à Paris en 2011.

Le roman de sa vie a été écrit par Claude Duneton sous le titre « La dame de l’Argonaute ».

Un congrès international lui a été consacré à Messine et Catane en 2012 sous la présidence d’une savante italienne de notre époque, le professeur Michaela Angelo.

Un grand prix Jeanne Villepreux récompense maintenant chaque année trois jeunes étudiantes en science de la région Limousine.

Elle a désormais l’honneur de figurer officiellement dans la liste des quarante femmes de science de l’histoire sélectionnées par la Commission Européenne.

En 1997, l’Union Astronomique Internationale a donné son nom à un grand cratère de la planète Vénus (où seuls les noms féminins sont admis).

Enfin, les sites internet consacrés à Jeanne Villepreux-Power, dont celui de jeanne-villepreux.org/ , ne cessent de se multiplier dans le monde entier.

Jeanne Villepreux–Power est sortie de l’oubli pour tenir une place justifiée en tant que première femme scientifique moderne et mère de l’aquariologie.

La Genèse des premiers aquariums

Pour l’étude des organismes marins vivants, les naturalistes utilisaient déjà des vases d’eau de mer ; c’est toutefois Jeanne Villepreux-Power qui, à partir de 1832, a systématisé l’usage d’aquariums dans lesquels elle s’efforce de maintenir les conditions de vie nécessaires aux  argonautes. Elle les appelle cages et les présente a l’Académie de Catane qui les dénomme « Gabbioline alla Power ».

Il fallait innover et c’est ce que Jeanne invente et fait en créant, dès 1832, ses « cages à la Power ». Le mot « aquarium » est apparu plus tard. Des grandes cages, construites expressément, étaient immergées dans la mer près du Lazzaretto de Messine. Jeanne y plaçait les pensionnaires qu’elle voulait étudier et il y en eu beaucoup de toutes sortes. D’autres, pensionnaires étaient étudiés à terre dans des réceptacles en verre qui deviendront les fameux aquariums. Assurer pendant plus de dix ans la nourriture de tout ce petit monde vorace a dû être une corvée des plus contraignantes !

Elle tient sa renommée d’avoir été la première à avoir créé et utilisé systématiquement des aquariums pour l’étude du monde marin. Dans sa démarche expérimentale basée sur l’observation des organismes marins vivants, elle a construit plusieurs types d’aquariums, qu’elle appelait «cages», pour maintenir les conditions de vie nécessaires aux argonautes :

La savante en développe trois variantes :

Une première forme, en verre, est destinée à l’étude en cabinet, elle la destine à la conservation et l’étude des argonautes vivants ;

Un second modèle plus résistant car disposant d’une armature extérieure, est destiné à être tour à tour immerge et émergé, afin de laisser les animaux dans leur milieu tout en ayant la possibilité de les en extraire pour multiplier les observations ;

Enfin, une dernière cage, en bois et de grande dimension, est munie d’ancres pour être fixée au fond tout en laissant émergée sa partie supérieure.

Cette scientifique, honorée à son époque : en 1839, Jeanne sera admise comme membre correspondant de la célèbre « Zoological Society » de Londres, comme de 18 autres académies, très rare honneur pour une femme, a été oubliée et l’on redécouvre seulement maintenant ses nombreux travaux.

« Ces cages avaient 4 mètres de longueur, 2 mètres de hauteur, 1 mètre 10 centimètres de large. Je  laissais entre les barres un intervalle nécessaire pour que l’eau de mer put y circuler librement, sans que le mollusque put en sortir avec sa coquille. Pour consolider ces cages, il y avait à chaque angle un morceau de fer. Une porte s’ouvrait au-dessus de la cage ; deux petites ouvertures avaient été ménagées à droite et à gauche ; de là, je pouvais sans être vue observer mes animaux. A chaque angle aussi j’avais fixé une ancre afin de la maintenir solidement dans la mer.

J’introduisais dans l’intérieur de cette cage de l’algue, des plantes marines, de petites parties de roches, de petits cailloux, des millipora, des venus, des tritons et d’autres mollusques conchylifères ».

Apres en avoir obtenu l’autorisation administrative, elle implante ces aquariums près du lazaret  de Messine, et y maintient vivants des argonautes pour ses expériences, en leur fournissant un apport nutritif quotidien fait de ≪ mollusques testacés, venus, cytheres, loligo casses, […] pêches expres à l’aide d’un râteau ≫.

Bien que l’endroit fût choisi pour son calme, un important orage brise les cages et les argonautes prennent la fuite. Jeanne Villepreux-Power répare et maintient son dispositif pendant plusieurs mois, jusqu’à parvenir aux observations décisives pour son étude.

 Quelques citations donnent une idée de difficultés rencontrées:     .

* « Pour la réussite de mon projet, j’imaginai des cages (ayant obtenu la permission des autorités); je les plantai dans un bas fond maritime qui est dans le lazaret de Messine, dans un endroit où je pourrais, sans être dérangée, pour- suivre mes observations; ensuite j’y renfermai une quantité d’Argonauta vivants, ayant soin de leur préparer chaque jour la nourriture nécessaire consistant en mollusques testacés, vénus, cythères, loligo cassés, que j’avais pêchés exprès à l’aide d’un râteau(13).

* « J’approchai ma barque de ladite cage, afin d’observer mes poulpes ».

* « Cet animal est très soupçonneux, et aussitôt qu’il s’aperçoit qu’on l’observe, il rentre en un clin d’œil ses membranes dans sa coquille, s’enfuit au fond de la cage ou de la mer, et ne remonte à la surface que lorsqu’il se croit à l’abri de tout danger ».

* « Je me posai souvent deux ou trois heures sur mes cages à observer ce que faisaient mes Argonauta, et c’est ainsi que j’ai pu connaître leurs habitudes ».

* « Puis survint un orage qui brisa mes cages et les Argonautes prirent la fuite ».

* « Je ne pensai jamais à renoncer à mon entreprise, quoique je visse mes essais réitérés n’aboutir à aucun résultat satisfaisant ».

* « Ce ne fut qu’après plusieurs mois que je réussis à éclaircir mes doutes, et à voir en même temps mes recherches couronnées d’un heureux succès ».

* « Quand l’eau était un peu agitée, je la calmais et la faisais devenir comme une glace formant un immense cercle autour de ma barque, avec du sable humide bien mêlé d’huile que je jetais par poignées à droite et à gauche dans l’eau »

Sans vouloir ici trancher aucune question de priorité dans l’invention des aquariums modernes, on peut sans conteste affirmer avec certitude que ces « Gabbioline alla Power » constituent un tournant de tout premier plan dans leur histoire,mais surtout, il convenait de saluer le  travail de cette femme scientifique qui est la pionnière de notre passion.

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References :

  • http://www.pronatura-france.fr/88-portraits/231-jeanne-villepreux-power
  • http://jeanne-villepreux-power.org/documentation-et-travaux-de-claude-arnal/128-la-bataille-de-l-argonaute-texte-de-claude-arnal-juillet-1995
  • https://www.pourlascience.fr/sd/histoire-sciences/cendrillon-et-la-querelle-de-largonaute-6157.php