Histoire de l’Aquariophilie au XIXème siècle – Episode 3

Le 19ème siècle : Le siècle des révolutions industrielles

L’évolution des techniques de l’Aquariophilie grâce au développement des connaissances et les aquariums privés.

 ….la naissance de l’Aquariophilie et ses dérivés.

Edward EDWARDS (1803 – 1879) un zoologiste marin, en 1864, s’intéressât à l’observation des formes de la vie marine dans les eaux magnifiques du détroit de Menai, il commença à étudier les habitudes et les caractères des poissons dans leur milieu natif.

Il fut incité à tenter un « arrangement artificiel pour conserver les poissons, en santé, dans l’isolement » afin de pouvoir étudier de plus près leurs habitudes. Par une imitation ou plutôt reproduction des conditions naturelles dans lesquelles les poissons prospèrent, il a réussi à introduire de telles améliorations dans la construction des aquariums qui lui ont permis de conserver ses poissons pendant une période presque illimitée sans changement d’eau.

Son amélioration la plus notable était son «réservoir à fond sombre de la chambre à eau», résultat d’une étude attentive des bassins rocheux, avec leurs fissures et leurs gouffres, dans les rochers des rives du détroit de Menai. Cette amélioration retarda longtemps le goût pour les aquariums domestiques, et le principe du réservoir d’EDWARDS fut adopté avec succès dans tous les grands établissements de ce pays et dans de nombreuses écoles zoologiques continentales et américaines.

« Ceci est l’aquarium, constitué d’un réservoir en verre ou d’une fontaine, généralement de forme oblongue, avec des côtés droits, et d’une taille plus grande ou plus petite, mais cependant de dimensions suffisantes pour admettre un plancher de sable et de pierres, avec quelques les plantes aquatiques, de sorte que les poissons de toutes sortes puissent librement se déplacer dans l’eau au-dessus et au-dessous de ces objets.  »

GOODRICH, 1859

Souvenez-vous….

En 1869 le naturaliste français Pierre CARBONNIER a commencé à élever les premiers poissons exotiques : Macropodus opercularis rapporté de la Chine en 1869 et le Combattant en 1874. Il a également été directeur de l’Aquarium du Trocadéro à l’Exposition française de 1878.

Le succès de l’aquarium en France ne fut pas non plus indéniable : pendant plus d’une décennie, il représenta l’objet des envies et des regards de la part des classes aisées de la société française. Mais cette mode ne dura pas, au début des années 1870, l’aquarium était déjà devenu un objet commun, que les scientifiques s’étaient réapproprié pour leurs études. Il est intéressant de se demander ce qui, dans les comportements culturels et dans les systèmes de représentations des Français de cette période, a pu déterminer ce « moment » de l’aquarium, soit l’ascension fulgurante d’un appareil de laboratoire, puis plus tard et progressivement son oubli.

Avec l’apparition de l’électricité, vers 1880, l’aquarium va connaitre un nouveau développement fulgurant grâce à :

  • L’ampoule qui vient d’être inventée par Mr EDISON qui permet un éclairage continu et à moindre cout,
  • Le chauffage qui s’améliore aussi, on passe des bougies à la lampe à pétrole et ainsi le chauffage est ainsi plus facile à gérer.
  • Aux progrès des transports, et des circuits commerciaux qui se développent, notamment à Hambourg, Anvers, Amsterdam.
  • Alford LLOYD fut un des premiers visiteurs de l’aquarium public de Londres, et inventa le filtre à décantation.

A partir du moment où chaque aquarium pouvait être équipé d’un filtre individuel, une plus grande facilité était procurée aux installations des particuliers.

La ventilation par eau a été, à cette époque l’aspect le plus crucial du développement de l’aquarium.

Les méthodes employées faisaient autant appel à l’ingéniosité qu’aux connaissances technique de l’époque.

Bien que les dispositifs hydrauliques / pneumatiques (avec une fontaine) ou des mécanismes à ressort entraînant une roue à aubes avaient été disponibles dès le début, les nouveaux aquariophiles, enthousiastes et ingènieux, expérimentaient constamment des mécanismes alternatifs, comme les petites machines à vapeur (Buck 1875) ou des dispositifs nouveaux s’appuyant sur les infrastructures croissantes de l’approvisionnement urbain (gaz et électricité).

Adolf SASSE, qui dirigeait le plus grand aquarium de Berlin, fit même un voyage de Berlin à Luèbeck pour étudier l’appareil construit par Heinrich Lenz, directeur de la collection d’histoire naturelle locale, qui utilisa la pression de l’eau du système d’adduction d’eau urbain récemment installé. (Sasse 1878).

Dans le compte rendu que fit Sasse sur ses propres efforts réalisés pour installer cet appareil dans son appartement, il apparut que la mise au point était particulièrement compliquée !

Ce nouvel appareil de ventilation consistait en un tuyau en caoutchouc qui traversait trois pièces et reliait le robinet d’eau de la cuisine aux aquariums. Mme SASSE se plaignit de l’eau coulant jour et nuit, son époux, dut finalement retourner à son ancien système de pompage. Le nouvel appareil avait l’avantage de remplacer l’ancien système de pompe, qui était plutôt volumineux et utilisé pour pulvériser de l’eau ce qui, comme l’a souligné SASSE avait pour avantage  «personne n’était plus heureux que ma femme» ….une fois qu’il fut remisé.

Naissance de ce que l’on appelle aujourd’hui le « CAF » : Coefficient d’Acceptation Féminin ?

Le type de dispositif de ventilation développé par LENZ, plus efficace, ne fut finalement commercialisé qu’à partir de 1908.

Mais ces aquariums restaient encombrants et coûteux, destinés à des amateurs fortunés ; cela ne dura pas, des modèles populaires furent rapidement mis au point.

A noter qu’aux Etats unis, les espèces d’eau chaude sont rares, et l’offre matérielle demeure très limitée.

Aquarium avec filtre à décantation incorporé dans la partie arrière et inférieure du bac (plan incliné).

En Europe, et notamment via le transit de l’aquarium du Havre, les espèces d’eau chaude sont importées, et des circuits propres se mettent en place (tel que l’entreprise Paul Matte à Berlin qui réalise de nombreuses importations dès 1871). Cette prédominance de l’Allemagne se confirmera au début du XXe siècle.

 

Quelle était la façon dont l’aquarium était intégré dans la vie de famille ?

Alors qu’il formait souvent le centre de la maison, dominant les besoins des femmes et des enfants, aucune femme, aucun enfant n’était autorisé à proximité.

Au cours de cette médiation entre les divers intérêts des aquariophiles, des membres de la famille et des propriétaires, l’aquarium est devenu socialement et socialement intégré et l’assemblage techno-naturel s’est développé en astable et une infrastructure de plus en plus prête.

Comme l’aquarium a trouvé un public croissant, un marché a été développé qui a été servi par un nombre croissant de fournisseurs.

 

Les publications, les clubs….

En 1858, apparaît aux Etats-Unis le premier livre traitant uniquement de l’aquariophilie : « The Family Aquarium » de Henry D. BUTLER. La publication de ce livre en fait l’un des premiers livres traitant uniquement d’aquariophilie aux États-Unis.

Dans les années 1870, les premiers clubs d’aquariophiles apparaissent en Allemagne. Le premier club aquariophile américain a été fondé à New York en 1893.

Sous l’impulsion des aquariums publics se développent toute une infrastructure :

  • fournisseurs de matériels,
  • importateurs,
  • ouvrages d’aquariophilie.

Un premier magasin aquariophile voit le jour à Londres grâce à Alford LLOYD.

Dans les années 1850, la mode aquariophile se répandit rapidement en Angleterre et par conséquent, la littérature suit avec de nombreuses publications, et curieusement, beaucoup concerne plus l’eau de mer que l’eau douce.

Ce développement du phénomène « Aquariophilie » suit dans le reste de l’Europe et aux Etats Unis à partir de 1860.

Comme en Grande-Bretagne et en France, les aquariophiles étaient des membres de la classe moyenne disposant des ressources nécessaires en argent, en temps et en éducation.

Au cours de ces années, l’aquarium a trouvé un nouveau public parmi les membres de la classe ouvrière, le nombre de nouveaux aquariophiles s’est progressivement accru et un grand nombre de clubs « prolétariens » ont été fondés.

L’expansion rapide du domaine à la fin du XIXe siècle se manifeste clairement par le nombre croissant de revues spécialisées qui voient le jour ou de formation de clubs. Jusqu’aux années 1870, Der Zoologische Garten,  Zeitschrift für diegesamte Tiergartnerei (Le jardin zoologique, journal pour l’ensemble du domaine de la conservation du zoo), fondé en 1859, était le journal le plus important dans le domaine de la fantaisie animale en Allemagne.

Il fut à l’origine le journal de la société zoologique de Francfort et de son zoo, il devint bientôt la publication centrale pour les jardins zoologiques, l’acclimatation et l’élevage en Allemagne.

En 1876, Zeitschrift fur allenaturwissenschaftlichen Liebhabereien. Verkehrsblatt fürr naturgeschichtlichen Kauf und Tausch (Journal pour tous les loisirs scientifiques et le commerce et le commerce historique et naturel) a est lancé : Il s’est spécialisé dans les besoins des éleveurs privés d’animaux, il servira de plate-forme pour l’échange d’informations pratiques et de lien entre les acheteurs et les vendeurs d’animaux.

SUSSWASSERAQUARIUM (L’aquarium d’eau douce) de Emil BADE, Berlin 1896

En dehors des monographies publiées régulièrement dans les trois pays, seule l’Allemagne a vu se développer des revues hautement spécialisées, orientées vers la pratique, et un réseau national de clubs. Les clubs ont surtout été utilisés comme des plates-formes de communication locales liés par un intérêt commun dans lesquels on cultivait, dans la sociabilité, l’échange de pratiques,  de technologies, de connaissances et surtout d’organismes.

Les revues spécialisées remplissaient cette même fonction à un niveau national et parfois international, reliant les passionnés et le nombre croissant de fournisseurs d’aquariums professionnels.

La conservation et la reproduction des organismes dans les aquariums et les terrariums s’est ainsi développés, les clubs et les journaux ont joué un rôle crucial dans ce développement, dans la stabilisation et la connaissance et technologies accessibles et nécessaires.

Toutefois, à la différence des USA et de l’Allemagne où la poussée de l’aquariophilie domestique est très forte, la mode s’essouffle au Royaume Uni, puis en Allemagne et enfin de façon générale en Europe.

En France, comme dans d’autres pays européens, l’aquariophilie va souvent de pair avec le jardinage, voire le jardinage d’intérieur et le jardinage féminin. On verse ainsi souvent dans le décor (statue immergée, etc.) que dans l’aspect « naturaliste ».

L’Aquarium au service de la Science….entre zoologie scientifique et expérimentale

L’aquarium a littéralement donné vie aux sciences de la vie. Mais la transition des collections de spécimens morts au réservoir de vie qu’est l’aquarium n’a été sans soulevé certains problèmes : Il a eu des conséquences de grande envergure, puisque la garde et l’élevage des animaux n’étaient pas par moi l’activité astrologique et doit faire partie de la vie scientifique.

Il a fallu réorganiser, redéfinir tous les arrangements spatiaux et les horaires de travail pour tenir compte des besoins des animaux et des scientifiques. En revanche, ce qui a été extraordinaire dans ce processus a été la mise ne évidence des enthousiastes académiques et non académiques des personnes  qui travaillaient à la création d’un assemblage techno-naturel pour établir et maintenir des environnements artificiels.

L’imagination des aquariums constituait un tel milieu où les connaissances, les pratiques, les technologies et les organismes étaient développés et diffusés. Le résultat était un processus dynamique dans lequel les besoins des humains et des animaux étaient aussi cruciaux que les aspects de l’esthétique de la classe moyenne urbaine et les conceptions de la nature.

Le laboratoire avec sa diversification dans les espaces fonctionnels doit être considéré à certains égards à la suite de ce processus et l’aquarium en tant que partie intégrante de celui-ci.

L’histoire de l’aquarium montre que non seulement les disciplines les plus appliquées dans les sciences de la vie reposaient lourdement sur la chimio-prophylaxie et le vécu colonialisme, mais aussi dans des domaines comme la zoologie expérimentale.

L’aquarium s’est révélé être une passerelle entre le monde scientifique et celui des amateurs, à la fois comme instrument et environnement, il l’a fait de diverses manières.

Il a apporté une pléthore de nouvelles espèces dans les espaces zoologiques.

Bien que ces animaux vivants en tant que tels aient fait une différence évidente pour les zoologistes comme Weismann, l’aquarium a également affecté la gamme d’organismes de recherche disponibles.

En outre, il a été appliqué pour adapter l’offre d’animaux expérimentaux aux exigences des méthodes de recherche et a servi d’instrument. Etant donné que les conceptions médiocres-esthétiques de la nature et les contraintes matérielles lors de son intégration dans les espaces domestiques et scientifiques ont été cruciales dans son développement, elles ont également influencé la nature qui y est contenue.

Ce ne sera qu’au début du vingtième siècle que l’aquariophilie atteindra  sa vraie dimension : L’aquarium est devenu prêt à l’emploi et des systèmes élaborés pourront être achetés sur le marché.

Alors seulement, après que ses problèmes les plus existentiels auront été résolus et qu’un espace hybride pour les animaux humains et non humains eut été établi, l’aquarium deviendra important pour les scientifiques qui n’étaient pas aussi enthousiastes à sa « naissance ».

Conclusion

Jusqu’au XVIIIème siècle, les scientifiques ou naturalistes étaient essentiellement intéressés par la description physiologique du poisson et du monde marin qu’ils découvraient progressivement. Si dans un premier temps, l’étude des poisson fut faite à partir de cadavre, il apparut très rapidement qu’il était nécessaire de poursuivre et compléter ce type d’étude sur des spécimens vivants afin de mieux connaitre les modes de vie, les mœurs…et stout simplement mieux les observer dans leur milieux naturels.

Pendant longtemps, ces scientifiques ont essayé de trouver un moyen d’effectuer ces observations pour conduire leur recherche en mettant au point divers dispositifs techniques aptes à retenir les organismes vivants à observer tout en les maintenant en vie et si possible en reproduisant au mieux leurs conditions de vie dans le milieu naturel : l’eau.

Ainsi l’invention de l’aquarium n’avait pour but que de reconstituer le plus fidèlement possible l’environnement naturel du poisson. Cette invention à laquelle le nom définitif ne sera attribué qu’au milieu des années 1850, n’avait certainement pas pour but initial de devenir un objet de loisir ou un ornement à la mode à la disposition du grand public.

On peut, sans réserve, parler d’un effet de mimétisme et de masse car au milieu du XIXème, l’aquarium est devenu un véritable phénomène de mode. Cet engouement n’était pas fondé sur le caractère scientifique ou l’étude du milieu sous-marin ou aquatique.

En revanche, on peut penser que l’intention des inventeurs de l’aquarium était d’en promouvoir l’usage, la vulgarisation pour l’étude du monde aquatique. L’engouement qui s’en est suivi, que personne n’avait anticipé, n’a pas été celui prévu : Cet outil de laboratoire et de recherche est très rapidement devenu un objet de luxe, abritant des espèces rares et finalement ne présentant plus aucune dimension scientifique.

Rapidement, comme tout effet de mode qui s’essouffle et « retombe comme un soufflé », il faudra encore attendre quelques décennies, le progrès scientifique et une meilleure connaissance du milieu aquatique pour que naisse vraiment l’aquariophilie moderne telle qu’on la connait aujourd’hui.

Laisser un commentaire